Le retour de la biodiversité à Lorient

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La biodiversité est le tissu du vivant, c’est à dire l’ensemble des individus, des espèces (animales et végétales) présentes dans des milieux naturels, ainsi que les interactions qu’ils génèrent avec leur milieu. Plus la biodiversité est grande, plus l’écosystème sera capable de s’adapter aux modifications de son milieu.

La biodiversité nous offre une multitude de biens et de services indispensables à notre survie, à commencer par la production d’oxygène et la régulation de la qualité de l’air par les plantes, ou encore les tourbières qui stockent du carbone. Les plantes sont également capables de filtrer naturellement l’eau et de créer des îlots de fraîcheur lors de périodes estivales. L’ensemble des insectes pollinisateurs assure la production de près de 70 % des cultures dans le monde. Bref, la nécessité de la préserver est prouvée et fait l’objet de grands rapports comme celui de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques ) ou de réunions internationales comme la COP 15 « CDB » (Convention sur la diversité biologique) qui aura lieu en Chine en Octobre prochain pour adopter un nouveau cadre mondial sur cette question et de définir des objectifs clairs et quantifiables pour chacun des pays participants.

Si la biodiversité est indispensable à notre survie sur cette planète, elle est pourtant grandement menacée. 30 % des habitats terrestres ne sont plus capables d’abriter la faune et la flore originelle, et le seuil d’intégrité de la biodiversité est beaucoup trop bas, ce qui entraîne une défaillance majeure de la résilience des écosystèmes dont l’Homme tire pourtant un grand profit. Les écosystèmes marins ne sont pas épargnés, loin de là. Le déversement d’engrais et de produits phytosanitaires ont créé près de 400 zones mortes dans les océans où aucune trace de vie n’est retrouvée. Additionnées, ces centaines de zones représentent la superficie du Royaume-Uni.

En résumé, nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Car l’Humain est bel et bien responsable de cet effondrement du vivant. Il participe activement à la destruction des milieux de vie, empiétant sur les zones sauvages et en artificialisant les terres. En 10 ans, en France, c’est près de 300 fois la superficie de Lorient qui a été recouverte de béton ou de bitume, soit la taille d’un département entier comme la Seine et Marne ! La biodiversité est malade. Elle cherche refuge un peu partout, sans vraiment trouver un lieu propice. Les campagnes ont fait fuir toute vie sauvage, chassée par l’agriculture intensive qui a lessivé les sols et tué les pollinisateurs, et les villes sont bitumées et gérées de manière hygiéniste, sans laisser de possibilité à la biodiversité locale de s’installer.

Heureusement des solutions existent pour réintroduire une partie de la biodiversité. Bien entendu il faut prendre en compte que Lorient est un espace fortement urbanisé, et que dans le cadre de la ville (et non de l’agglomération) il s’agira de traiter de la biodiversité urbaine, différente à bien des égards de la biodiversité rurale, forestière ou littorale par exemple. Chaque territoire a ses spécificités, et des domaines sur lesquels agir. Ce qui est sûr, c’est que nous ne pouvons pas rester sans rien faire. La biodiversité et les politiques d’urbanisme doivent alors s’articuler pour fonctionner ensemble, afin d’éviter de courir à la catastrophe.

Nous nous rappelons du samedi 9 novembre dernier, en milieu de journée, où des pluies massives se sont abattues sur Lorient et son pays. Très rapidement les capacités de drainage de la ville ont démontré leurs limites. L’avenue Jean-Jaurès, du Faouëdic, les rues à proximité du port de plaisance, la rue Bourke et de trop nombreuses routes ont été touchées. Cela a provoqué d’importants dommages matériels et financiers pour particuliers et commerçants. Si l’état de catastrophe naturelle a été reconnu, les dédommagements accordés par les assurances n’en demeurent pas moins complexes et partiels.

Alors que le réchauffement climatique devrait provoquer des évènements de la sorte de plus en plus intenses, nous pensons qu’il est urgent et vital de végétaliser la ville et de stopper la bétonisation et l’artificialisation de nos terres. En effet, s’il est essentiel de tenter de limiter le réchauffement climatique, il est aussi nécessaire d’anticiper, de prévoir et de limiter les dommages causés par les catastrophes naturelles. C’est clairement l’un des chantiers du mandat à venir.

Voici 6 propositions de Lorient en Commun, pour préserver la biodiversité au sein de la ville au cours des 6 prochaines années :

I. La mise en place d’un plan de Gestion différenciée des espaces verts incluant l’arrêt total des produits phytosanitaires, cimetières inclus, et une réintroduction ciblée de la biodiversité. Tout cela peut se faire avec les moyens humains que nous avons déjà à disposition.

II. La création de mini-parcs urbains afin de créer à la fois une continuité écologique et des espaces de détente : c’est en quelque sorte réconcilier aménagement urbain et biodiversité. Ces parcs auront une vocation nourricière pour les humains : implantation d’arbres et arbustes fruitiers, et une vocation nourricière pour les pollinisateurs avec des mellifères et nectarifères tout au long de l’année. Ces parcs permettront de créer des îlots de fraîcheur en ville afin de lutter contre la chaleur estivale. Ils permettront enfin de redonner des espaces de vie aux espèces menacées en implantant des nichoirs, des hôtels à insectes et surtout en rendant les sols perméables.

III. Sensibiliser aux enjeux de la biodiversité à tous les âges de la vie. Utiliser les ruches comme vecteur de lien social intergénérationnel. ( Écoles élémentaires, EHPAD )

IV. Faire appel à des spécialistes de la biodiversité (associations naturalistes et de protection de l’environnement, chercheurs, bureau d’études) dans tous les prochains rapports d’urbanismes édités par la ville.

V. Prendre en compte la gestion des espaces privés dans la politique de planification et d’aménagement du territoire (chartes, cahiers des charges de lotissements, zones d’activités économiques, commerciales, industrielles). C’est-à-dire inclure le plus d’acteurs possible dans la préservation de la biodiversité et les faire travailler ensemble.

VI. végétaliser massivement la ville et perméabiliser des axes routiers afin d’éviter la répétition de catastrophes naturelles.


Pour aller plus loin : Greenpeace Film Festival :

  • Un festival du mois de Janvier qui met en compétition 15 films. Ils sont en libre accès sur le site greenpeacefilmfestival.org L’un d’eux aborde la notion de ré-ensauvagement : l’Europe à la reconquête de la biodiversité de Vincent Perazio.
  • Un constat global de la perte de biodiversité: www.greenpeace.fr/cri-dalarme-pour-la-biodiversite/
  • La gestion différenciée expliquée : www.gestiondifferenciee.org/la-gestion-differenciee
  • Un site ressource de toutes les actions de biodiversité en ville dans le monde francophone : www.biodiville.org