TRIBUNE : Des millions pour la Coupe de l’America… quand la mer devrait être un bien commun

En cédant des millions d’euros d’argent public et 6 000 m² de foncier stratégique à K-Challenge, acteur privé engagé dans la Coupe de l’America, la municipalité fait le choix d’une voile élitiste et inaccessible. Nous défendons une autre vision : celle d’une maritimité populaire, qui permette à chaque Lorientaise et Lorientais d’accéder à la mer, d’y apprendre, d’y rêver et de s’y émanciper.

Ainsi, après avoir octroyé en juin 2024 une subvention de 2,4M€ à K-Challenge, la structure privée engagée sur la coupe de l’América via le défi Orient express racing, Lorient Agglomération a décidé en Juin 2025 d’un nouvel investissement public à hauteur de 4,8 millions d’euros pour la construction d’un ponton destiné à accueillir ce même K-Challenge.

Dans le même temps, la ville de Lorient cède plus de 6 000m² de foncier situés au Péristyle au profit de K-Challenge pour un montant de 2 millions d’euros… K-Challenge y construira ses installations mais aussi un hôtel de 80 chambres en partenariat avec le groupe Accor (sponsor principal du projet) et un programme immobilier porté par un promoteur.  

Ces terrains, en bordure directe de rade, sont pourtant les parcelles mêmes sur lesquelles la ville a été créée en 1666 et représentent, au-delà de la symbolique, une façade stratégique majeure pour le territoire sur laquelle nous aurions dû garder la maîtrise.

Cet octroi d’argent public et de foncier stratégique à une entreprise engagée dans la Coupe de l’America Louis Vuitton, interroge. Non pas parce que nous rejetons la voile de haut niveau, mais parce que nous refusons qu’elle se fasse au détriment du territoire et au seul profit d’une minorité. 

La Coupe de l’America, créée en 1851, est la plus ancienne compétition sportive internationale créée entre les propriétaires de voiliers les plus fortunés. Elle oppose aujourd’hui les yacht-clubs les plus exclusifs sur un format de match-race qui concerne très peu le grand public.  Engendrant  des coûts de campagne qui peuvent dépasser la centaine de millions d’euros par écurie, la coupe de l’América demeure un univers refermé sur lui-même, déconnecté des enjeux de sobriété et d’inclusion. Événement inaccessible, elle incarne l’expression la plus élitiste de la voile dans la plus pure tradition du yachting anglo-saxon.

Pourtant, en France, l’histoire de la voile est aussi celle de sa démocratisation, portée par des figures visionnaires et des mouvements associatifs qui ont voulu ouvrir ce sport et le rendre accessible. Cette ouverture, tout à fait unique en Europe, a permis l’accès de millions de pratiquants à la voile et a largement contribué à façonner notre maritimité et à faire de la France un pays tourné vers la Mer . 

La Mer n’a pas vocation à rester un privilège. Espace de liberté sans équivalent, elle peut et doit devenir un levier d’émancipation et d’éducation pour toutes et tous. Espace d’imaginaire, la Mer invite à l’exploration, au dépassement de soi et à la rencontre avec le vivant. Elle est un espace au contact duquel chaque lorientais.es devrait se sentir légitime et nos politiques publiques devraient largement y contribuer.

Pourtant, à Lorient, ville maritime par excellence, le constat est cruel : on peut y vivre sans jamais accéder à la mer. Pendant que L’agglomération et la Mairie décident d’octroyer des millions d’argent public au profit d’un acteur privé marchand et d’un événement réservé à quelques-uns, tout un pan de la population du territoire reste à quai, privé d’horizon.

C’est à cette fracture que nous voulons aujourd’hui nous attaquer en défendant une maritimité populaire. Celle qui permet de grandir avec la Mer et d’en faire un champ de découverte et de construction de la citoyenneté. À l’heure où les océans sont en péril, il est urgent de renouer un lien intime, populaire et sensible avec le monde maritime. La Mer doit être un bien commun, accessible à toutes et tous et nos politiques publiques doivent en assurer l’universalité.

Damien Girard, tête de Liste de Lorient en Commun 2026